Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 8 octobre 2018

Depuis le début de l'enquête du procureur Mueller, on a souvent dit que le Président Trump avait des points de ressemblance avec le Président Nixon. Tous les deux, Républicains, ont entre autre pour point commun d'entretenir des relations houleuses avec la presse ou d'avoir ouvert des négociations avec des Etats auparavant peu coopératifs (la Chine pour Nixon et la Corée du Nord pour Trump). Le parallèle entre les deux Présidents peut être poussé jusqu'au niveau du taux de chômage (-0,2, à 3,7%) qui est ressorti au plus bas depuis 1969, année où Nixon était « Commander in chief ». En effet, grâce aux 134 000 nouveaux postes créés en septembre et aux révisions à la hausse des mois précédents (+105 000 postes supplémentaires), l'effervescence du marché de l'emploi américain ne semble pas sur le point de s'achever. C'est en tout cas le message envoyé par l'indicateur avancé dans le service qui est ressorti au plus haut depuis août 1997 (+3,1 points en septembre, à 61,6).

Ce nouveau mois de gains sur le marché du travail, le quatre-vingt sixième de suite, a permis aux salaires de progresser à nouveau (+0,3% en septembre, soit une hausse de 2,8% sur une année). Dans le secteur privé, les rémunérations ont enregistré leur plus forte progression en 10 ans au troisième trimestre. De quoi conforter la Réserve fédérale dans son désir de poursuivre la normalisation de sa politique monétaire au-delà de 2019 après le relèvement de ses taux directeurs la semaine dernière. On a ainsi vu le rendement des taux obligataires se tendre fortement aux Etats-Unis, surtout pour les échéances les plus longues. Cela a poussé le taux à 10 ans au-delà de la barre de 3,22% (plus haut niveau depuis 2011), soit une hausse de 14 points de base (pbs) sur la semaine. Cette appréciation des taux américains, renforcée par des rumeurs de ventes de titres américains par la Chine, s'est diffusée sur les autres marchés obligataires, avec un effet décuplé pour les Etats où il existe un risque politique comme l'Italie (+50 pbs sur la semaine, à 3,41%) et le Royaume-Uni (+24 pbs sur la semaine, à 3,41%). Les taux ont reculé au Brésil (-12 pbs, à 11,37% pour le 10 ans) avec l'approche du premier tour des élections présidentielles (le 7 octobre).

Cette hausse des taux américains a contribué à alimenter la volatilité sur les marchés (VIX : +2,49 points de pourcentage, à 14,8%), ce qui a incité les investisseurs à réduire leur exposition sur les marchés d'actions. Les ventes se sont accélérées, ce qui s'est traduit par de fortes baisses aux Etats-Unis (S&P 500 : -0,98%, à 2 886 points ; Nasdaq : -3,21%, à 7 788 points). L'Europe n'a pas été épargnée par la poursuite des inquiétudes autour du budget italien. Le projet de budget sera étudié cette semaine au niveau du Parlement italien avant un envoi du rapport définitif à la Commission européenne le 15 octobre. La tension ne devrait pas décroître, la Commission européenne ayant déjà fait part de ses inquiétudes, tout comme le patronat. De plus, l'agence de notation Standard & Poor's pourrait dégrader la note de l'Italie le 26 octobre prochain. La détente observée au niveau du « spread » avec l'Allemagne pourrait être de courte durée si le gouvernement italien ne revoit pas sérieusement sa copie. Elle a commencé à le faire. Si on peut imaginer que Bruxelles accepte un déficit budgétaire de 2,4% du PIB en 2019, il sera difficilement envisageable qu'elle accepte les nouvelles propositions du gouvernement Conté de porter ce déficit à 2,1% en 2020 et 1,8% en 2021. Les prévisions de croissance semblent aussi optimistes (+1,5% en 2019, +1,6% en 2020 et +1,4% en 2021) alors que le consensus table sur une croissance moyenne d'à peine 1% pour ces 3 prochaines années.

Ces tergiversations italiennes ont pénalisé l'euro qui a enregistré un recul de 0,73% contre le dollar, en dépit de bons chiffres comme la décrue du taux de chômage qui est revenu à un plus bas de près de 10 ans (-0,1 en août, à 8,1%). Le billet vert s'est apprécié contre toutes les autres devises (+0,52% pour son taux de change effectif), ce qui va encore compliquer la situation des pays émergents.

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 5 octobre 2018.

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