Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 23 juillet 2018

On savait le personnage atypique, déroutant et s'affranchissant volontiers de tout tabou. Pour ceux qui en doutaient encore, la remise en cause de la conduite de la politique monétaire par la Réserve fédérale (Fed), un fait rare pour un président américain, a sonné comme un rappel de la réalité. Ainsi, dans une interview à la chaîne de télévision CNBC, Donald Trump ne s'est pas gêné pour critiquer ouvertement la politique monétaire de l'institution. Une telle sortie n'est pas surprenante à nos yeux. Nous ne nous demandions pas si cela pouvait arriver mais plutôt quand est-ce que cela allait se produire tant les positions entre la Fed et celles de l'Administration Trump sont en train de s'écarter.

En effet, suite à l'amélioration de l'économie, la Fed a procédé à sept relèvements de taux pour un total de 175 points de base (pbs) depuis le 15 décembre 2015. Dans le même temps, ses principaux homologues optaient soit pour le statu quo (Royaume-Uni ; Suisse ; Japon), soit pour la baisse (zone Euro ; Norvège ; Suède ; Australie).

Cette stratégie agressive de la Fed a constitué un puissant soutien à l'appréciation du dollar, recherché pour les anticipations de remontée de sa rémunération à la lecture des « dots* » des membres de la Fed. Or, depuis que Donald Trump a décidé de passer de la rhétorique à l'action en s'engageant dans une guerre commerciale, le billet vert n'a cessé de s'apprécier contre toutes les devises (+2,5% en 2018 pour son taux de change effectif). Si bien qu'on arrive à une situation où d'un côté, l'Administration Trump, à coup de déficit public, relance l'activité, et, de l'autre, la Fed cherche à éviter l'emballement de l'économie en poursuivant le processus de normalisation monétaire. Même si l'institution monétaire est indépendante, il est fort à parier que ces propos du Président Trump vont avoir des conséquences sur la trajectoire de remontée des taux directeurs. Cela nous conforte dans notre scénario de prudence qui verrait la Fed ne relever que trois fois ses taux en 2018 contre quatre hausses anticipées par le consensus. Nous continuons de penser que la Fed veillera à ne pas provoquer d'inversion de la courbe des taux américains, ce qui est habituellement annonciateur d'une récession.

Sur la scène des changes, les propos de Donald Trump ont plombé le dollar sur la semaine, en dépit des bonnes enquêtes sur des variables importantes comme la production industrielle (+0,6% en juin) ou les ventes au détail (+0,5% en juin). Le yuan a toutefois accéléré sa glissade pour atteindre son plus bas niveau sur une année contre dollar, ce qui, comme il fallait le redouter, a pesé sur l'Asie émergente (-0,8% pour le MSCI Asie). Cependant, la perspective d'un ralentissement du rythme de hausse des taux de la Fed a permis à ces indices de limiter la baisse malgré la nouvelle surenchère du Président américain de taxer tous les produits chinois importés aux Etats-Unis. L'euro, en hausse de 0,3%, est revenu au-dessus de la barre de 1,17 dollar, aidé également par le nouvel excédent du solde du compte courant (+22,4 Mds€ en mai) et du solde commercial (+16,9 Mds€ en mai). La consommation européenne semble elle aussi reprendre des couleurs avec le bond des achats de véhicules (+5,2% en juin pour les immatricu-lations de voitures neuves), de bon augure au moment où l'inflation semble avoir atteint son pic (+2% sur une année glissante en juin). Cela ne devrait pas empêcher une baisse des prévisions de croissance pour la zone Euro comme l'a récemment fait le Fonds monétaire international (-0,2%, à 2,2% en 2018) sur fond de tensions commerciales. L'Union européenne a ainsi établi une liste de produits américains à taxer en cas de hausse de 25% des droits de douane sur les importations d'automobiles européennes. Difficile dans ces conditions de tabler sur une issue positive qui déboucherait de la rencontre du 25 juillet entre les Présidents Juncker et Trump, surtout après que la Commission européenne ait infligé une amende de plus de 4 milliards d'euros à Google, au grand dam de Trump. Ces tensions commerciales n'ont pas semblé effrayer les investisseurs, ce qui s'est traduit par une performance négative sur le marché obligataire. Le taux à 10 ans allemand (+10 pbs, à 0,39%) a souffert, entraînant dans sa hausse l'OAT (+8 pbs, à 0,71%). Le rendement du taux à 10 ans américain a lui aussi bondi (+5 centimes, à 2,89%).

Rendez-vous lundi prochain

*Fourchette de taux jugée appropriée par les 16 participants à la réunion du FOMC

Source : Ecofi Investissements, au 20 juillet 2018. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Document non contractuel. Le présent document contient des éléments d'information, des opinions et des données chiffrées qu'Ecofi Investissements considère comme exacts ou fondés au jour de leur établissement en fonction du contexte économique, financier ou boursier du moment. Il est produit à titre d'information uniquement et ne constitue pas une recommandation d'investissement personnalisée.

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